Martin Scorsese est synonyme de films de genre monumentaux qui comportent des études de personnages complexes. Même si le réalisateur de “Raging Bull” et “Goodfellas” aime les histoires à tendance dramatique, beaucoup de ses films contiennent également une touche d’humour. Sa comédie noire kafkaïenne “After Hours” (que Tim Burton était autrefois attaché à la réalisation) est un exemple notable de cette combinaison tonale. Le film de 1985 explore les escapades désorientantes de son protagoniste au cours d’une seule nuit, et comparé au reste de la célèbre filmographie de Scorsese, “After Hours” reste sous-estimé (bien qu’il soit considéré comme un classique culte). Même si le film n’a pas bien marché au box-office, son accueil critique a été positif. Le critique acclamé Roger Ebert même lui a donné quatre étoiles sur quatrele qualifiant d’« exemple presque parfait » de « cinéma pur ».
L’intrigue de “After Hours” est simple : elle commence avec la rencontre de Paul (Griffin Dunne) avec une femme nommée Kiki (Linda Fiorentino), qui l’invite dans son appartement de SoHo. Après que le seul billet de 20 $ de Paul s’envole par la fenêtre d’un taxi, il passe toute la nuit à essayer de rentrer chez lui. Mais de nombreux rebondissements de l’histoire défient toute explication, ne nous laissant d’autre choix que de nous lancer dans une aventure folle.
La critique d’Ebert met en évidence l’étonnant travail de caméra du film, où la trajectoire des objets (comme une clé lancée vers le bas) est utilisée dans des plans POV vertigineux. Des gros plans non conventionnels ont également été utilisés pour créer un sentiment de paranoïa croissante, en particulier lorsque Paul commence à sentir que tout le monde s’en prend à lui. Ce côté ludique visuel se retrouve tout au long de “After Hours”, lui conférant une saveur unique d’absurdité qui ne peut être démêlée que dans l’esprit de Paul. Le fait qu’il rencontre une série de personnages étranges et se retrouve mêlé à des incidents de plus en plus bizarres ne fait que renforcer la logique farfelue du film et son énergie frénétique.
Scorsese a réalisé After Hours après l’annulation d’un projet passionnel
Scorsese voulait faire un film sur Jésus depuis qu’il était jeune, et il était sur le point de réaliser “La Dernière Tentation du Christ”, dont la date de sortie était à l’époque de 1983. Malheureusement, le projet a été annulé pour diverses raisons (un budget gonflé étant sans doute la plus importante), ce qui a incité Scorsese à créer quelque chose de complètement différent. “After Hours” pourrait avoir reflété certains des sentiments du réalisateur concernant ses impulsions artistiques contrariées. Dans une interview avec Commentaire du filmScorsese a expliqué pourquoi il a choisi de faire “After Hours” face à sa déception personnelle :
“Après l’annulation de ‘The Last Temptation (of Christ)’ en 1983, j’ai dû me remettre en forme. Faire de l’exercice. Et ça marchait. D’abord ‘After Hours’, à petite échelle. L’idée était que je devrais pouvoir, si ‘Last Temptation’ revenait un jour, le faire comme ‘After Hours’, parce que c’est tout l’argent que j’aurais pour ça.”
En 1986, Universal Studios a donné le feu vert au projet passionné de Scorsese, avec le compromis qu’il dirigerait pour eux une entrée plus grand public quelque temps après (qui a fini par être le film de 1991). “Cape Fear”, un remake du film éponyme de 1962). En gardant ces facteurs à l’esprit, “After Hours” apparaît comme une curieuse entrée dans l’œuvre de Scorsese, car il est en partie né de nécessité financière tout en incarnant toute la force de son profond amour pour le cinéma. Même sans ce contexte, le film fonctionne comme une parodie palpitante du genre film noir, où les aventures nocturnes de Paul semblent pertinentes bien qu’elles soient farfelues. Cela illustre un sentiment auquel beaucoup de gens peuvent s’identifier : si les joies et les peines de la vie sont véritablement arbitraires, pourquoi les chances ne semblent-elles jamais en notre faveur ?

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