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Il est curieux de voir à quel point le fantastique steampunk des réalisateurs Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro de 1995, “La Cité des enfants perdus”, est rarement mentionné dans les conversations cinématographiques. En 1995 et 1996 (et j’admets que ce n’est qu’anecdotique), un pourcentage important de dortoirs d’université arboraient des affiches pour le film, et de nombreux collectionneurs entreprenants d’âge universitaire en possédaient une copie VHS. Les adolescents des années 90 ont adoré l’esthétique saisissante du film, sa narration digne d’un conte de fées et ses performances étranges, notamment celles du vénérable Ron Perlman. Le film a même brièvement fait le tour du circuit cinématographique de minuit et a généralement attiré beaucoup de monde (du moins lors des projections auxquelles j’ai assisté).
Mais ensuite, à un moment donné, cela a changé. Une nouvelle génération n’a pas adopté le film et « La Cité des enfants perdus » est tombé à l’eau. Le film a peut-être été endommagé par les retombées du prochain effort de réalisation de Jeunet : “Alien : Resurrection” de 1997. Comme Le livre d’essais d’Elizabeth Ezra À propos de Jeunet explique, Jeunet et Caro ont tous deux été invités à réaliser la suite de “Alien”, mais Caro n’aimait pas l’idée de travailler sur un projet hollywoodien sur lequel ils n’auraient aucun contrôle créatif. (Le scénariste Joss Whedon avait des plaintes liées à propos de “Resurrection”.) Jeunet n’a eu aucun problème à diriger un tel projet, et les deux se sont disputés sur le plan créatif. Caro a réalisé quelques travaux de conception de costumes et de décors, mais Jeunet est le seul réalisateur crédité. Peut-être qu’à la lumière de “Alien”, “La Cité des enfants perdus” s’est transformé en une sorte de déception, un rappel que nous n’aurions plus jamais un autre film de Jeunet/Caro.
Mais plutôt que de s’attarder sur ce qui aurait pu être, le public pourrait peut-être plutôt apprécier l’étrange odyssée steampunk qu’est “La Cité des enfants perdus”. C’est encore aujourd’hui un film saisissant et unique, reposant sur une matrice quelque part entre Terry Gilliam et Tim Burton.
La Cité des Enfants Perdus est une glorieuse bizarrerie steampunk
L’intrigue de “La Cité des Enfants Perdus” est à la fois un film d’horreur universel et une pincée de Charles Dickens. Elle raconte l’histoire de Krank (Daniel Emilfork), un vieil homme méchant qui vit dans un laboratoire étrange situé dans un derrick de pétrole au milieu de la mer. Il est entouré d’assistants de laboratoire, tous clones (tous interprétés par Dominique Pinon), qui dirigent les machines cérébrales extractrices de rêves capables de transférer les rêves des enfants dans sa tête. Krank engage régulièrement une armée de cyborgs étranges et pâles pour se rendre dans la ville voisine afin de kidnapper des enfants pour extraire leurs rêves. Son secret est qu’il n’est pas un vieil homme ; c’est un être artificiel qui a vieilli prématurément en raison de son incapacité à rêver et qui vit désormais avec un cerveau désincarné dans un tank.
Ron Perlman joue dans le film le rôle de One, un homme fort pas très brillant du cirque dont le petit frère a été kidnappé. On ne découvre qui sont les ravisseurs qu’à travers un circuit de petits délinquants orphelins dirigé par un sinistre couple de siamois (Geneviève Brunet et Odile Mallet). (Il y a certainement des nuances de “Oliver Twist” et de “Pinocchio” dans “La Cité des enfants perdus”.) Il finit par tomber en compagnie de Miette (Judith Vittet), qui, à travers une série d’événements byzantins, affronte finalement Krank et ses méchants serviteurs.
“La Cité des Enfants Perdus” présente également un homme qui dresse des puces équipées d’un poison spécialisé qui détériore mentalement les gens. Le film culmine, comme on pourrait le prédire, dans le monde des rêves, lui conférant une ambiance “Nightmare on Elm Street”. L’action se déroule également dans un paysage urbain humide et expressionniste qui doit beaucoup au “Batman” du réalisateur Tim Burton. C’est magnifique à voir.
La Cité des Enfants Perdus a peut-être été trop déroutante pour la plupart des cinéphiles
Il y a bien plus dans le récit de « La Cité des enfants perdus » que ce que j’ai décrit ci-dessus, et cela n’est parfois pas clairement raconté. Son intrigue ne suit pas toujours des rythmes clairs, et il y a des apartés entiers qui semblent cloués. En effet, plusieurs visionnages peuvent être nécessaires avant de pouvoir suivre exactement ce qui se passe dans une scène donnée. Le film a tendance à tourbillonner.
Mais on peut toujours se distraire avec les visuels steampunk loufoques du film. Le steampunk gagnait en popularité en France à l’époque, au point qu’un dessinateur de bande dessinée belge nommé François Schuiten fut engagé pour redessiner les stations de métro parisiennes dans le style steampunk. “La Cité des Enfants Perdus” a pris les impulsions gothiques intemporelles de Tim Burton et la narration chaotique de Terry Gilliam et les a poussés à travers une lentille branchée et steampunk, résultant en un cauchemar saisissant et cliquetant pour les enfants.
Les critiques américains ont assez apprécié le film. (“La Cité des Enfants Perdus” a une note critique de 80 % sur Tomates pourries basé sur 61 critiques.) Plus encore, les adolescents des années 1990 l’ont apprécié, le transformant en un bref phénomène culte et transformant ainsi Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro en noms adaptés aux dortoirs. Le film précédent du couple, “Delicatessen” de 1991, a été redécouvert à la suite du succès culte du film.
Jeunet et Caro se sont peut-être séparés à propos de “Alien Resurrection”, mais Jeunet est revenu en 2001 en réalisant le célèbre roman comique “Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain”, alias “Amélie” (un film qui, curieusement, a contribué à inspirer “John Wick : Chapitre 4”). Depuis lors, le cinéaste est resté fantasque, même en réalisant l’étrange cauchemar de la maison intelligente qui est le “Bigbug” de 2022 pour Netflix.

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